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La vicomtesse: Livre 1


Опубликован:
14.08.2026 — 14.08.2026
Аннотация:
La véritable histoire d'Anne Charlotte Jeanne Elizabeth Buckson, Mademoiselle de Breuil , Lady Clarik, comtesse de La Fère, petite-fille de la Jeanne de Breuil , duchesse de Berry, Lady Winter baronne Sheffield, écrite par elle-même pour l'édification et l'instruction de sa fille, la vicomtesse Marie de La Fère
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Trois signatures — celle de la comtesse de La Fère, donc ma mère, et celle de mes deux parrains et marraines — et trois sceaux. Le sceau du monastère, qui m'est familier, celui du procureur du roi, et un petit sceau reprenant exactement les mêmes armoiries que celles figurant en haut du document. Dans le coffre, j'ai également trouvé le sceau lui-même, ou plutôt une bague ornée de ce même sceau. Je suppose qu'il s'agit des armoiries des comtes de La Fère ? Je suis donc vicomtesse ? Et mon nom complet est Marie Isabelle Clotilde Julie ? J'aime bien ces noms ... Et je suppose que cette belle femme blonde aux yeux bleus, tristes et doux, qui venait parfois me voir, est ma mère ? La comtesse de La Fère, détentrice de nombreux autres titres, y compris anglais ? D'ailleurs, quand l'ai-je vue pour la dernière fois ? Zut, cela fait longtemps, cinq ans, je n'avais que dix ans à l'époque... Zut, qu'est-ce que je raconte ?! Que Dieu me pardonne ces pensées impures ... Et mon père ? Je suppose qu'il s'agit du comte de La Fère ? Mais pourquoi ne m'a-t -il jamais rendu visite ? Non, je sais bien que les adultes ont leur vie et n'ont souvent aucune envie de s'occuper de leurs enfants. Je le sais par mes amis, qui quittent parfois l'école pour aller voir leur famille, où tout n'est pas rose. Mais je n'ai jamais vécu ça non plus...

Bon, qu'y a-t-il d'autre ? Je prends l'enveloppe portant le numéro " I " ; c'est la plus épaisse. Je l'ouvre et découvre un grand cahier relié en maroquin bleu, presque de la même taille que nos livres de comptes. Je l'ouvre et commence à lire. La première page commence presque exactement comme mon acte de naissance : avec l'empreinte d'une bague et le texte suivant :

Je, Anne Charlotte Jeanne Elizabeth Buckson, fille de Sir William Buckson, Lord Clarick et Margaret de Breuil, née Mademoiselle de Breuil , Lady Clarick, petite-fille de la Jeanne de Breuil , duchesse de Berry, marie à la comtesse de La Fère, J'écris l'histoire de notre famille et de ma vie afin que ma fille puisse me comprendre et, je l'espère, me pardonner de l'avoir laissé dans un monastère et pour tout ce que je n'ai pas fait pour elle durant son enfance....

Moi, Anne Charlotte Jeanne Elizabeth Buckson, fille de Sir William Buckson, Lord Clarick et de Marguerite de Breuil, née Mademoiselle de Breuil, Lady Clarick, petite-fille de Jeanne de Breuil, duchesse de Berry, épouse de la comtesse de La Fère, écris l'histoire de notre famille et de ma vie afin que ma fille puisse me comprendre et, je l'espère, me pardonner de l'avoir laissée dans et pour le monastère et pour le fait que je n'ai pas fait pour elle, dans son enfance, tout ce que des parents aimants, et surtout une mère, se doivent de faire pour leurs enfants.

J'essaie de tout noter pour ne rien oublier, même l'essentiel. La mémoire humaine est bien capricieuse ; elle nous joue des tours, souvent cruels. On oublie souvent ce qu'on devrait se rappeler, et on se souvient de choses qu'il vaudrait mieux oublier, voire ignorer. La mémoire est parfois trompeuse ; on se souvient d'une journée comme étant hivernale, glaciale, humide et pluvieuse, et donc désagréable. Mais un coup d'œil au calendrier nous révèle que c'était l'été, sous la chaleur de juillet, et seul le souvenir d'un événement désagréable nous le fait croire.

Parfois, j'entends des légendes à mon sujet, sur des événements d'il y a quelques années, sur les aventures de mon cher époux, votre père, et moi. Si j'ignorais la vérité et si je n'avais pas participé à ces événements et à ces aventures, je croirais moi-même à ces légendes. Mais j'y étais , j'ai participé, j'ai vu. C'étaient des temps très difficiles. Mais les temps sont toujours difficiles ! J'écris tout cela car je ressens le besoin urgent de dire la vérité sur ce qui s'est réellement passé.

Alors, ma fille chérie, je vais commencer par vous expliquer pourquoi je porte autant de titres et de noms de famille, y compris anglais. C'est très simple : mon père, William Buckson, Lord Clarick, protestant et puritain anglais, fut contraint de quitter l'Angleterre à cause de sa foi, étant plus fervent que ne l'exigeaient les dogmes de l'Église d'Angleterre. En France, comme on a dû vous l'apprendre au couvent, une guerre de religion fit rage pendant des décennies entre catholiques et huguenots, les protestants français. Ce conflit s'éternisa et causa d'innombrables souffrances à notre pays. Tous étaient las, mais les combats persistèrent. La guerre dura jusqu'à ce que notre bon roi Henri IV promulgue le célèbre Édit de Nantes, qui égalisa les droits et les devoirs de tous les Français, catholiques et huguenots. Grâce à la politique de paix avisée du roi, cette guerre maudite prit bientôt fin. Hélas, mon grand-père, le duc de Breuil, mourut dans cette guerre absurde deux ans avant cet édit, et ma mère, Marguerite de Breuil, choisit la foi huguenote et quitta la maison paternelle avant la fin du conflit. J'ignore pourquoi elle prit cette décision. Mes parents, hélas, n'eurent jamais l'occasion de me l'expliquer. Ils se rencontrèrent en France, en Normandie, dans une église huguenote, un dimanche, tombèrent amoureux, se marièrent peu après, et un an plus tard, le 23 octobre 1602, je naquis. Du moins, c'est ainsi que je m'en souviens, car je devins orphelin à l'âge de huit ans à peine.

Mon père, bien que seigneur de naissance, croyait que le salut ne dépendait pas de la noblesse, mais du travail acharné. Il se lança dans une activité, comme il l'appelait. Il organisa la production de cidre et d'une eau-de-vie à base de celui-ci : le calvados. Son affaire prospéra et nous vivions dans une grande maison en Normandie, au milieu de vergers de pommiers et de poiriers, dont le cidre était d'ailleurs issu. Hélas, notre vie idyllique à la campagne fut de courte durée. Un dimanche soir, une douzaine de tueurs à gages firent irruption chez nous. Le chef ordonna : " Je veux la fille et la femme vivantes ! L'homme doit être tué ! " Mon père s'empara de son épée et de son pistolet, qu'il avait toujours à portée de main, se battit comme un lion et parvint à tuer trois des assaillants, mais hélas, ils étaient trop nombreux, et les mercenaires abattirent mon père. Alors, accablée de désespoir, ma mère s'empara de l'épée de mon père. À mon avis, c'était un acte désespéré, insensé et téméraire : elle ne savait pas manier l'escrime, elle ne pouvait ni aider mon père ni me protéger, et quelques instants plus tard, elle aussi fut tuée. J'ai été témoin de tous ces morts. Puis les mercenaires m'ont attrapé, m'ont ligoté et m'ont emmené quelque part. À ce moment-là, je ne savais ni ne comprenais où ils m'emmenaient, mais je me souvenais parfaitement du trajet. Nous avons voyagé pendant quatre jours, nous arrêtant pour la nuit dans les bois, passant devant des auberges et des tavernes. Finalement, nous sommes arrivés à un grand et magnifique domaine, bien plus grand que celui de mes parents. Ce n'était pas une maison, mais un immense palais, comme je n'en avais jamais vu. Ils m'ont détaché et m'ont conduit au salon, où j'ai été accueilli par une dame âgée et importante (j'ai d'abord cru que c'était la reine — comme j'étais naïf et insensé alors !) et un prêtre.

La première chose que cette dame a dite en me voyant, c'était :

" Où est ma fille ???"

" Elle est morte, Votre Altesse ! " répondit le chef des mercenaires.

" Espèces d'idiots ! On ne peut vous faire confiance pour rien ! Je vous ai seulement ordonné de tuer un homme !"

" Votre Grâce, tout ce qui arrive est la volonté de Dieu ! " l"interrompit le prêtre. " Si les choses se sont passées ainsi, c"est que c"était Sa volonté ! Ne vous mettez pas en colère et veillez au salut de l"âme de votre petite-fille ! "

" Oui, vous avez raison, Monseigneur... ", répondit la dame , et se tournant vers moi, elle dit :

" Viens à moi, mon enfant ! Je suis Jeanne de Breuil, duchesse de Berry, et il se trouve que tu es désormais toute ma famille, ma seule petite-fille."

Je n'aimais pas tout cela, et bien que mes gardes me repoussassent, je fus contraint d'aller embrasser ma grand-mère. Mais tandis que j'enlaçais cette sorcière maléfique, responsable de la mort de mes parents, je lui murmurai à l'oreille :

" Un jour, quand je serai grand, je te tuerai !"

Malheureusement, le prêtre l'a entendu lui aussi. Grand-mère s'est peut-être calmée, mais il a ordonné que je sois envoyée au monastère pour toujours. Moi, une petite fille de huit ans qui venait de perdre ses parents, j'étais punie pour les péchés des autres en étant enfermée dans un monastère !

Le lendemain, escortée par les mêmes mercenaires, mais cette fois avec ma " chère " grand-mère, je fus emmenée de ce palais jusqu"à ce couvent d"Ursules où vous vivez maintenant. J"ignore pourquoi ma grand-mère a choisi ce couvent en particulier parmi tant d"autres ; elle ne me l"a jamais expliqué. Mais au moment de lui dire adieu, je lui ai renouvelé ma promesse :

" Un jour, je te tuerai !"

Selon ma grand-mère, j'étais inscrite parmi les novices du monastère sous le nom d'Anne de Beuil ( Anne de Bueil ) , ayant perdu ou délibérément supprimé le " r " de mon nom de famille. À l'époque, je n'y accordais aucune importance, et que pouvait faire une petite enfant ? Protester ? Qui m'aurait écoutée si la duchesse avait dit le contraire ?

Je ne connaissais pas ces gens, mais c'étaient mes grands-parents. Le récit de leur mort atroce et du destin tragique de ma mère m'a emplie d'horreur, et les larmes ont commencé à couler malgré moi. J'ai posé le manuscrit, incapable de continuer à lire.

Je ne sais pas combien de temps j'ai pleuré, puis je suis restée assise, hébétée, mais il faisait déjà nuit, alors j'ai allumé une bougie et , prenant courage face au danger, comme nous l'enseigne notre abbesse, j'ai continué à lire le manuscrit de ma mère.

J'ai vécu huit ans dans ce monastère, entourée de filles de mon âge. On nous préparait à la tonsure et à la vie monastique ; notre éducation était donc très différente de celle que vous et vos camarades recevez aujourd'hui. On nous enseignait seulement la loi de Dieu, la prière et les tâches ménagères les plus élémentaires, celles qu'on trouve toujours en abondance dans n'importe quel foyer. On ne nous apprenait pas à survivre dans ce monde cruel. Je ne m'en suis rendu compte que bien après avoir quitté le monastère. Et ce que vous apprenez aujourd'hui n'est enseigné que parce que l'abbesse a changé : mon amie, qui avait elle aussi connu des épreuves, est devenue abbesse. Ensemble, nous avons décidé que toutes les filles devaient apprendre tout ce qui est nécessaire pour survivre dans ce monde cruel, et pas seulement la prière et la foi.

Mais je m'emballe un peu. Je vais donc poursuivre mon récit. Un événement survint en 1616 qui bouleversa le cours paisible de la vie monastique. Plus précisément, la veille de Noël, notre vieux prêtre, le Père Jean, décéda, laissant sans personne pour célébrer la messe du dimanche. Pendant plus d'un an, divers prêtres des paroisses voisines vinrent nous assister, et ce n'est qu'au début de 1618 qu'un nouveau père, le Père Pierre, fut nommé. Il avait déjà plus de quarante ans, mais au premier abord, il me parut très vieux, encore plus vieux que le défunt Père Jean, qui avait déjà plus de quatre-vingts ans et était tout aussi espiègle. Avec le recul, je me rends compte que quarante ans n'est pas un âge avancé. Et je me trompais légèrement sur un autre point : le Père Pierre se révéla loin d'être espiègle, mais attentif, sage et bienveillant. Aussi bienveillant qu'un homme puisse l'être envers des enfants qui lui sont, pour la plupart, étrangers. Mais c'est néanmoins lui qui a levé l'obligation pour les plus jeunes filles de rester silencieuses toute la journée, et qui nous a permis, à nous les plus âgées, de lire différents livres, et pas seulement la Bible.

Je ne sais pas pourquoi, mais en confession, j'ai décidé de tout raconter au père Pierre , ce que je n'avais jamais confié à personne auparavant, pas même au père Jean en confession. Quelques mois plus tard, le père Pierre m'a interpellé après la messe et m'a demandé d'écouter attentivement. Nous nous sommes assis sur un banc, au beau milieu de l'église, et le père Pierre m'a dit :

Ma fille, ce que tu m'as confié en confession m'a profondément choquée et m'a paru si terrible et invraisemblable que je n'y ai pas cru au début. Mais quelques semaines plus tard, j'ai décidé de vérifier tes dires et j'ai beaucoup appris d'autres prêtres et de connaissances au tribunal. L'histoire de la mort de tes parents a malheureusement été confirmée. De plus, j'ai appris que ta grand-mère, bien qu'elle ait commandité leur assassinat, a hérité de leurs biens. Autrement dit, elle s'est appropriée ce qui, de par toutes les lois, divines et humaines, te revient de droit. Tu auras bientôt seize ans et tu as le droit de décider toi-même si tu veux rester au monastère ou retourner dans le monde. Si tu décides de partir, je peux t'aider. J'ai peur que, seule, tu sois perdue et incapable d'obtenir justice, mais je peux t'apporter un peu de soutien. Je peux faire en sorte que je sois transférée dans une paroisse de Berry et que tu puisses partir avec moi comme ma sœur. Grâce à mes relations dans le milieu judiciaire, je peux t'aider à récupérer tes biens et à revoir ta grand-mère. J'espère sincèrement que tu pourras... Réconcilions-nous, pardonnons-nous comme de bons chrétiens. Je ne suis certes pas riche, mais je ne suis pas mendiant non plus, et je peux prendre soin de toi comme si tu étais l'enfant que je n'ai jamais eu. Même si tout le reste échoue, tu n'auras pas à mendier, et tu auras toujours la possibilité de te marier par amour. Penses-y, ma fille.

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